« NIGHTCRAWLER »: Une folle virée à travers le monde journalistique

Nightcrawler

Titre: Nightcrawler
Réalisation: Dan Gilroy
Scénariste: Dan Gilroy
Distribution: Jake Gyllenhaal, Rene Russo, Bill Paxton, Riz Ahmed, Ann Cusack
Durée: 117 min

Une superbe réalisation fortement aidée par un scénario étoffé, et par le décor urbain de la ville de Los Angeles. « Nightcrawler » nous plonge dans l’univers médiatique à sensations fortes, alors qu’un homme ne vivant que par sa chance et ses aptitudes se voit devant le job de rêve où il excelle en tant que journaliste/cameraman sur des scènes de crime chocs.

Nous avons ici Lou Bloom (Jake Gyllenhaal), petit escroc, qui n’a jamais vraiment trouvé sa voie, s’adonnant à des travaux ici et là, et apprenant par lui-même ce qu’il lui faut pour exceller dans un domaine choisi. Par accident, il tombe littéralement en amour avec son nouveau passe-temps, le journalisme vidéo. Il décide alors de s’équiper afin de pouvoir devenir une sommité dans le domaine et ainsi produire le meilleur contenu pour une chaîne de nouvelle dirigé par Nina (Rene Russo). Toutefois, à mesure où la compétition s’installe entre lui et d’autres vidéastes à leur compte, Lou se rendra dans une zone beaucoup plus sombre allant avec ses valeurs. Pour lui, le travail et l’effort son synonyme de succès et de réussite, et pour atteindre son but, il faut travailler coûte que coûte.

Dan Gilroy (Frère de Tony Gilroy et mari de Russo) nous offre ici son premier long-métrage, alors que sa feuille de route contient plusieurs réussites au niveau de l’écriture (The Fall, Real Steel, et oui, Freejack). Là où « Nightcrawler » a besoin d’exceller est certainement dans la direction photo, et le réalisateur s’en tire à merveille, mais il reste que la raison et les motifs sont peu énoncés et le message est très peu profond. N’empêche que la présence de Gyllenhaal à elle seule vaut le détour, et que la sauvagerie qu’exprime notre journaliste en herbe est conséquente d’un présent toujours à la recherche de sensations fortes.

Les scènes le mettant en compagnie de Rick (Riz Ahmed) et Nina (Rene Russo) sont très inconfortable, mais quand le personnage se retrouve seul, on se demande alors ce qui se passe dans cette tête, et Gyllenhaal est à son meilleur livrant une performance aux multiples facettes très crédibles, parfois amusantes, parfois malaisantes. Lorsqu’on regarde Lou Bloom, surtout avec les cheveux léchés, ou en sueur, on ne peut passer sous silence la ressemble psychotique, folie passagère de Patrick Bateman (Christian Bale dans « American Psycho »). La sombre journée dans laquelle embarque Bloom et la descente qu’il entreprend sont très similaire à la noirceur de Bateman.

Bien qu’on peut l’avoir vu mille fois, et même que ça peut paraître cliché, Los Angeles est clairement un autre personnage dans le film, sans doute le pire ennemi de Lou alors qu’il tente de rejoindre des scènes de crime. Gilroy filme la majeure partie du film durant la nuit et sous des néons ce qui aide aux cauchemars qui nous sont présentés et s’agence très bien avec le sujet du film. Clairement un constat nihiliste d’une société en perte d’intérêt cherchant toujours un élément pour satisfaire un besoin de vivre…

Comme « To Live And Die In LA » (William Friedkin), la cinématographie de Michael Mann dans « Heat », le « Mulholland Drive » de David Lynch ou encore plus précisément « Drive » de Nicolas Winding Refn, la caméra de Gilroy nous permet de sentir quelque chose de dépravée sous cette ville, ou encore toute la saleté qui compose cette chaude citée. Gilroy et le cinématographe Robert Elswit réussissent à rendre à l’écran une ville malsaine où sévit un personnage qu’il l’est tout autant.