FANTASIA 2016: Venez fausser et faites entendre votre voix au « KARAOKE CRAZIES »

Karaoke

Karaoke Crazies

Réalisation : Kim Sang-chan
Scénario : Park Ji-hong
Interprètes : Lee Moon-sik, Bae So-eun, Kim Na-mi, Bang Jun-ho
Durée : 106 minutes
Pays : Corée du Sud

Plusieurs chemins empruntés pour nous guider et nous perdre dans un labyrinthe émotionnel construit sur un jeu des fausses perceptions. Le film de Sang-chan Kim (Highway Star) explore l’univers des possibilités qu’offre le cinéma pour en manipuler les codes et défaire constamment l’appréhension du spectateur. Au final, un résultat en montagnes russes déconcertant avec ses moments jouissifs, mais non pas dépourvu de ses moment plus vide une fois le coït passé.

Sung-Wook est propriétaire d’une bâtisse à karaoké aux années de gloire épuisées et grand consommateur de pornographie. Une annonce est affichée aux murs de la maison afin de trouver la perle qui saura faire revivre le karaoké et amener une pluie d’argent. Une jeune fille égarée arrive sous son toit. Une voix horrible n’aidera en rien la business, mais sa bouche et sa langue sauront faire monter les profits manquants de la maison en ciblant principalement une clientèle masculine. Le tout dans la nonchalance, fille au prénom d’Ha-Suck.

Na-Ju arrive un peu plus tard, les charmes d’une entertaineuse d’expérience au corps sexy, munit d’une voix, d’une perruque et d’une désinvolture. Elle ne se prête pas au même jeu de la fixation orale que sa collègue et se contente de stimuler son client par le regard et la justesse de son chant.

Dernier égaré à se retrouver sous le toit de la maison, un étrange homme silencieux au cheveux longs, caché dans l’une des pièces condamnées du lieu. Sans nom ou malgré lui nommé Big Mole, il servira de concierge et de compagnon de visionnement pornographique à Sung-Wook.

Un intérêt prononcé pour l’alcool leur permettront d’échanger et de se rapprocher dans leurs moments d’excès. Chacun veillant sur l’autre à sa façon. Chacun vivant dans son mystère. Ils se retrouveront tôt ou tard, à affronter les réalités qu’ils fuyaient. En trame de fond, un meurtrier en cavale qui sévit dans la région.

La première partie du film joue sur un quasi ton à la Amélie Poulain, mais en version plus trash, en accumulant les clin d’oeil (musique d’accordéon, photo teinté de vert qui peut rappeler le film de Jeunet, la présentation des personnages hauts en couleurs). Tout n’est que satire. Le film ne fait que perdre son innocence tout au long de sa progression. Un ton d’humour qui se tient un instant, pour se voir brutalement casser, pour revenir et se refaire casser. Les rires sont là et les larmes arrivent. Le charisme de Kim Na-Mi (Na-Ju) vole le regard quand elle se retrouve à l’écran, mais n’enlève rien aux performances hautes en composition de ses collègues acteurs. On est constamment redirigé vers des endroits où l’on ne croyait pas aller, que ce soit dans le rire ou dans le drame.

Film sur le sort des abandonnées de la société qui avancent malgré eux dans un destin qu’ils croient prédestinés à voir noir. Nous sommes tous blessés et chacun doit vivre avec sa douleur, même si elle semble plus petite ou plus grande que celle de notre voisin, ne pas se permettre de la juger. Une fin particulièrement illuminée, pour un film particulier qui au final se fout un peu de tout, mais qui s’obstine à ne pas nous ennuyer.

– Dustin Ariel Segura Suarez –