FANTASIA 2016: « HOLY FLAME OF THE MARTIAL WORLD » est tout simplement dément !

Holy Flame of the Martial World

Holy Martial World

Réalisation : Lu Chin-Ku
Scénario : Lu Chin-Ku, Cheung Kwok-Yuen
Interprètes : Max Mok, Philip Kwok, Leanne Lau, Jason Pai Piao, Yeung Ching-Ching
Année : 1983
Durée : 85 minutes
Pays : Hong Kong

Dément.

Au début des années 80, le légendaire studio des frères Shaw subit la pression d’un petit film appelé La guerre des étoiles. Le cinéma de Hong Kong sera-t-il en mesure de résister à la force de frappe des effets spéciaux états-uniens? Secoué, l’Empire du milieu contre-attaque. En résulte une offensive de films qui misent sur la surenchère et la démesure. Le ton général: des enfants gavés de sucre, armés de canons à eau remplis de peinture fluorescente, sous la direction d’un danseur de ballet mégalomane qui vient de caler trente cafés, le dernier rehaussé de LSD… Ou, pour faire plus court: Holy Flame of the Martial World.

Il y a des jumeaux séparés à la naissance, un garçon et une fille. Il y a de la vengeance, des quiproquos, des vierges au kung fu mortel, des épées magiques, des volutes de métaphysique taoïste, un moine shaolin peureux, un zombie afro-américain qui parle en anglais, un maître qui tue les gens avec son rire tonitruant, des brigands aux masques multicolores, des esprits en dessins animés, une recette d’invulnérabilité qui repose sur des bains brûlants, des gags pseudo-érotiques, des énigmes, une caverne secrète, des décors aux lumières électroniques, des idéogrammes chinois volants, un tapis volant, des combats volants (beaucoup), un bandit sympathique interprété par une actrice, et une fille qui lance des rayons laser avec son doigt suite à un incident qui implique le fiel d’un serpent décapité.

L’oeuvre impressionne.

Qu’il s’agisse d’une réponse à la Guerre des Étoiles ne fait pas l’ombre d’un doute. À la fin du combat avec le zombie, nos héros victorieux se retournent vers la caméra et proclament que la pyrotechnie anglo-saxonne ne fait pas le poids devant la tradition asiatique millénaire. C’est tout de même la Chine qui a inventé les feux d’artifice, après tout.

Ce n’est sans doute pas un hasard si le film insiste aussi lourdement sur le yin et le yang, allant jusqu’à mettre en scène un bagua volant (lui aussi); pas un hasard non plus si le jeu des acteurs, théâtral à outrance, rappelle presque l’Opéra de Pékin. On sent bien que si les personnages clâment aussi fort la supériorité asiatique, c’est qu’ils sont un peu inquiets. Pour leur industrie, on le devine. Mais aussi pour une certaine manière de voir le monde, en voie de se faire éclipser par un adversaire plus jeune, plus riche, plus séduisant.

On oublie parfois que les vainqueurs ne font pas qu’écrire l’histoire: ils empêchent aussi les perdants d’écrire la leur, moins par la force, que par la honte. C’est ainsi que se contraignent au silence, puis à l’oubli, des milliers de sensibilités qui jadis enrichissaient le Monde. Après la victoire, seul le conquérant s’enrichit.

L’invasion a-t-elle été endiguée? Il est clair que le cinéma de Hong Kong n’est plus ce qu’il était, au moins en termes de quantité. Le mastodonte américain a gagné, aidé par la rétrocession de Hong Kong à la Chine et la crise financière de 1997. Mais si les studios des frères Shaw ont plus ou moins cessé de produire des films à la fin des années 80, la même époque assiste à l’ascension de John Woo, de Wong Kar-wai, d’une nouvelle vague des films d’exploitation. Le flot a rétréci depuis, mais la source n’est pas tarie.

Et si le cinéma de Hong Kong survit, c’est peut-être un peu grâce à cet objet délirant, grandiose et anarchique qu’est Holy Flame of the Martial World.

– Christian Maltais –

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