FANTASIA 2016 : Un Film policier, de l’Horreur, de la Comédie et un soupçon de mélodrame, une macédoine parfaite… ou presque, signée « THE WAILING »

The Wailing

Wailing

Réalisation : Na Hong-jin
Scénario : Na Hong-jin
Interprètes : Kwak Do-won, Hwang Jung-min, Jun Kunimura, Chun Woo-hee, Kim Hwan-hee
Durée : 156 minutes
Pays : Corée du Sud

La vie paisible d’un petit village de Corée est lentement transformée par une vague de folie meurtrière, peu après l’arrivée d’un mystérieux vieillard japonais. L’agent de police Jong-Goo, risée du département mais bon père de famille, va se retrouver au coeur de l’intrigue.

Cette prémisse ne rend pas justice à la richesse de The Wailing (Goksung), écrit et réalisé par Hong-jin Na. Comme pour plusieurs films asiatiques, on est en présence d’un mélange de genres où se rencontrent le film policier, l’horreur, la comédie et un soupçon de mélodrame. Entre les mains d’un réalisateur moins habile, un tel hybride peut paraître artificiel. Pas ici.

Na manie chaque nuance de ton avec la finesse des plus grands chefs d’orchestre. Il est d’ailleurs aidé par une distribution remarquable.

Les scènes comiques, très nombreuses au début, frappent dans le mille, tandis que le mystère, puis l’horreur, s’installent dans un lent crescendo guidé d’une main de maître. Jusqu’à son dernier droit, The Wailing est un chef d’oeuvre.

Et puis tout s’écroule.

The Wailing dure deux heures et demie. À l’orée des vingt ou trente dernières minutes, Na abandonne la trame ambitieuse et subtile qu’il a élaborée avec minutie, au profit d’une brochette de revirements spectaculaires. Mélangez la conclusion du Salaire de la Peur, l’arrivée impromptue de Madame Voorhees au camp Crystal, et les révélations saugrenues de Meurtre au dessert, et vous aurez une idée.

On sent dans le film un désir de déconstruction des clichés narratifs. Par moments, The Wailing n’est d’ailleurs pas sans rappeler Memories of Murder, une autre production coréenne et un des meilleurs films des 20 dernières années. C’est peut-être cette volonté de secouer les conventions qui explique les choix de Na pour la conclusion de son film. Mais force est d’admettre que si c’était son intention, le réalisateur a manqué son pari.

La finale gravite autour de l’idée que les gentils sont peut-être les méchants, et inversement. Les motivations, voire l’identité réelles d’au moins deux personnages sont soudain remises en question à répétition. Jusqu’ici, chaque idée mise de l’avant par le film était préparée avec patience et minutie, mais à partir de ce moment les révélations se bousculent, s’entrechoquent, se contredisent.

À la fin, Jong-Goo (interprété par l’excellent Do Won Kwak), déchiré par le doute, doit déterminer qui ment, qui dit vrai. Il ne sait plus qui croire. Il n’a absolument aucune façon de le savoir. Il doit pourtant choisir. Position cruelle.

Et voilà semble-t-il le constat que propose The Wailing. La vie est cruelle et arbitraire. Peu importe la sincérité de nos efforts, un destin impitoyable attend dans l’ombre la chance de nous anéantir. Mais il ne s’agit pas d’un nihilisme lovecraftien, où l’humanité ne serait qu’un débris insignifiant flottant sur l’océan de forces cosmiques aveugles. Dans la cosmologie de The Wailing, le Mal existe, et il cherche activement notre perte. Quant aux forces du Bien, s’il y en a, elles ne font pas le poids.

Qu’un artiste veuille plonger son public dans le désespoir, soit. Mais cela ne le dispense pas de devoir préparer ses revirements et sa fin. Particulièrement pour un film de deux heures et demie.

Le point fort de The Wailing est un duel de magie chamanique. Tout a été soigneusement mis en place. On assiste à la préparation. Un sorcier magasine des poules noires, il les ramène en autobus, il va se purifier sous la chute d’eau. Puis le soir tombe. On allume l’encens. Les tambours tonnent. On danse; on crie; on égorge des oiseaux, le volume monte, on prépare la chèvre; le sang gicle, ça crie, ça hurle, c’est intenable et transcendant. Mais Jong-Goo panique. Il interrompt le rituel. Les bols se renversent. Les tambours se fracassent. Consternation. Silence.

Le rite ruiné, la magie n’agit plus.

The Wailing, c’est un peu ça.

– Christian Maltais –