FANTASIA 2016: « CREEPY » le pétard mouillé !

Creepy

Creepy

Réalisation : Kiyoshi Kurosawa
Scénario : Kiyoshi Kurosawa, Chihiro Ikeda, Yutaka Maekawa
Interprètes : Hidetoshi Nishijima, Yuko Takeuchi, Teruyuki Kagawa, Haruna Kawaguchi, Masahiro Higashide
Pays : Japon
Durée : 130 minutes

Il y a toutes sortes de films désagréables.

Cannibal Holocaust. Salo. L’oeuvre d’un Haneke, d’un Greenaway. Parfois laids, parfois ignobles, chacun porte néanmoins en lui un propos qui justifie son existence.

Et puis il y a des films comme Creepy, qui nous mettent au défi de ne pas les détester.

Il y a une histoire, au moins au début. Elle implique un ex-détective, des meurtres en série, un vieux mystère non résolu, et un nouveau voisin inquiétant. Pas besoin de faire un dessin.

Cela tient la route un moment, mais on finit par réaliser que le film n’est pas là pour raconter quelque chose. Il expose un tableau de dégénérescence arbitraire. Il se vautre dans les bizarreries. Il ne dévoile rien sur l’être humain, sauf peut-être les dangers du nombrilisme.

Réalisé par Kiyoshi Kurosawa, un vétéran du cinéma de genre japonais moderne, Creepy est tourné avec compétence. Le métrage est persillé de touches sonores et d’effets d’éclairages bien trouvés, quoiqu’un peu ostentatoires. Mais c’est aussi un film verbeux et creux, cachant sa vacuité sous un épais nuage de scabreries.

Une âme généreuse pourrait voir dans Creepy une sorte de rêve éveillé, ce qui est une autre manière de dire que les personnages agissent avec une stupidité qui confine au ridicule.

Imaginez que vous êtes dans la maison glauque d’un homme louche, dont vous savez qu’il ment quant à son identité, et que vous soupçonnez d’être le meurtrier des cinq corps en décomposition trouvés à l’autre bout de la ville. Supposez maintenant qu’après vous avoir fait entrer chez lui, le bonhomme disparaisse dans une série de corridors souterrains. Allez-vous le suivre tout seul, continuer de longues minutes dans le dédale en ruines, traverser deux ou trois pièces tout droit sorties du catalogue des Décorateurs Intérieurs Psychopathes, aboutir dans le cachot final, puis rester là à attendre?

Si vous vivez dans le monde de Creepy, la réponse est oui. Pas un, pas deux, mais trois personnages, tous flics ou ex-flics par surcroît, font exactement ça, y compris celui qui semble être le chef de police. Ça doit faire partie de leur entraînement.

Aucun, soit dit en passant, n’a la présence d’esprit d’appeler des renforts. Jugez plutôt:

Notre héros arrêté se retrouve au commissariat. Le chef de police le libère et lui dit que le voisin suspect est dans l’autre pièce. Naturellement, John Doe s’est sauvé. Le héros et le chef sautent dans la Batmobile. Demandent-ils à d’autres agents de les suivre? Que nenni. Ils partent comme ça, sans même dire à quelqu’un où ils s’en vont. Arrive ce qui doit arriver.

De deux choses l’une: soit aucun autre flic ne se soucie de la fuite du monsieur interrogé pour meurtre, soit le chef a ordonné à ses troupes de ne pas l’accompagner au repère du tueur en série.

Ce n’est pas Creepy qui rehaussera la réputation intellectuelle des forces de l’ordre.

Le mieux qu’on puisse dire du plus récent Kurosawa est qu’il s’agit d’une expérience cinématographique déplaisaite, clairsemée de touches d’élégance, mais qui témoigne d’une banqueroute artistique totale.

Entrez à vos risques. Mais si vous le faites, appelez au moins des renforts.

– Christian Maltais –

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *