FANTASIA 2016: Quand le passé nous hante… « ANOTHER EVIL »

Another Evil

Another evil

Réalisation : Carson D. Mell
Scénario : Carson D. Mell
Interprètes : Steve Zissis, Mark Proksch, Jennifer Irwin, Dax Flame, Steve Little
Pays : États-Unis
Durée : 92 minutes

George et Marie viennent d’acheter un chalet cossu. L’ennui, c’est que l’endroit est hanté. La famille fait appel à un para-psychologue désinvolte, qui leur explique que les esprits sont effrayants mais gentils, qu’ils ont autant le droit de vivre là qu’eux, que cette colocation astrale est un phénomène naturel rare, et qu’ils devraient plutôt en profiter. Marie s’accomode bien de cette explication. George, non. À la recommendation d’un ami, il consulte donc un exorciste, Os (prononcer Oz), qui lui confirme ses pires peurs: il ne s’agit pas de simples esprits, mais de démons puissants. L’exorcisme s’impose. Il va durer plusieurs jours, pendant lesquels Os va devoir rester sur place.

Avec un titre comme Another Evil, on devine de la suite. Os a en effet quelques petits problèmes, qui se manifestent assez vite. Seul George ne remarque rien. Toutefois, ce n’est pas parce qu’il souffre du syndrome de la victime insensée (“Vite! Séparons-nous et allons nous baigner tous nus dans le Lac à la Machette!”) George ne voit pas les indices parce qu’il préfère ne pas les voir. C’est tout le propos du film.

George a tort d’engager Os. Il le sait. Il le fait d’ailleurs en cachette, pendant que Mary et leur fils Jazz sont repartis en ville pour la semaine. Pour irréfléchie qu’elle soit, on comprend sa décision. Il y a au moins deux esprits; Mary a aperçu une silhouette de femme, mais George a vu l’autre apparition, une créature absolument terrifiante. Il a peur, très peur. Mais ce n’est pas tout.

Os, bien qu’il manque de savoir-vivre, a quelque chose d’à la fois sympathique et d’autoritaire. En comparaison, le premier para-psychologue a l’air d’un plouc qui vit dans une roulotte. Os sait aussi jouer sur l’orgueil mâle de George, et sur les petits ressentiments de bien des couples heureux. Comme il a l’air d’un petit chauve à lunettes, il est cependant plus désarmant que menaçant. Surtout, George agit comme un homme qui s’ennuie, insatisfait de sa vie, et qui n’a pas toujours l’occasion de dire ce qu’il pense. Pourquoi ne pas se confier à cet étranger, qu’il ne reverra jamais?

Si le portrait du patriarche en pleine crise de la quarantaine est esquissé avec finesse, c’est bel et bien la figure d’Os qui domine le film, aidée par une prestation nuancée de Mark Proksch. Son Os n’est pas un méchant de pacotille: c’est un homme vulnérable, esseulé, au bord du précipice de ses propres doutes. Os cherche à bien faire, mais lui aussi refuse de voir ses faiblesses. Quand il capture un esprit ou découvre un objet “maudit”, sa solution est en général de l’enterrer. La métaphore n’est sans doute pas accidentelle.

Another Evil présente quelques légères maladresses: une trame sonore inégale, un montage parfois incertain… On ne retient cependant du film que l’intelligence dont il déborde. Carson D. Mell, dont c’est le premier long-métrage, maîtrise déjà l’art du non-dit qui en dit long. Il a aussi le talent rare et précieux de générer la peur chez le spectateur. Il sait donner vie à sa maison hantée, sait quel plan faire durer un peu trop longtemps, sait quels cauchemars brûler sur notre rétine et quelles questions laisser sans réponse. L’homme a du talent.

Bravo, Monsieur Mell. Vivement votre prochain!

– Christian Maltais –

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