FANTASIA 2016: Tous à bord du « TRAIN TO BUSAN »

Train to Busan

Train to busan

Réalisation : Yeon Sang-ho
Scénario : Park Joo-suk
Interprètes : Gong Yoo, Jung Yu-mi, Ma Dong-seok, Choi Woo-sik, Kim Su-an
Pays : Corée du Sud
Durée : 118 minutes

Seok-woo est un mauvais père et, pour tout dire, une assez mauvaise personne. Obsédé par sa carrière, mêlé à des spéculations financières qui semblent rien moins qu’éthiques, il néglige sa jeune fille Su-An, qui ne croit plus en lui. Or Seok-woo est divorcé. Su-an, dont c’est l’anniversaire, veut voir sa mère qui reste dans une autre ville. Pour tenter de sauver l’amour de sa fille, Seok-woo décide de la raccompagner. Ils prennent donc le train, moyen de transport écologique, confortable et sécuritaire… sauf pendant une invasion de zombies. Cerveau!

Train to Busan est un drôle d’animal. Film de série B à gros budget, c’est un mélodrame d’action et une comédie d’horreur. La subtilité psychologique moyenne se rapproche de celle d’un gala de lutte, mais certains moments sont d’une finesse déconcertante; il faut voir la scène où le père tente de faire comprendre à sa fille pourquoi la vie des autres n’a aucune importance.

Mais parlons des zombies. À une époque où les studios semblent produire des films de morts-vivants au rythme où sortaient jadis les comédies musicales, il est de moins en moins évident de traiter du zombie de façon intéressante. Certains réalisateurs tentent de poursuivre la tradition du zombie comme parabole, initiée par Romero. Pas ici. Les zombies de Train to Busan courent, ils attaquent des gens avec brutalité, et ils se multiplient, mais c’est tout. Leur morsure provoque une zombification instantanée, sauf quand il est plus dramatique de faire le contraire. Sont-ils effrayants? Par moments, d’une certaine manière, mais on sent que ce n’est pas leur rôle. Ils ne représentent pas l’angoisse de la mort ou de la catastrophe écologique. Ils ne sont la métaphore de rien: ils sont là parce qu’un film de zombies a besoin de zombies.

Et pourtant, Train to Busan fonctionne. Les acteurs jouent un peu faux; les méchants sont dignes d’un pantomime; certains revirements sont télégraphiés. Mais s’il s’agit d’un film à numéros, il demeure truffé de trouvailles et de moments de pur plaisir. Le scénariste a doté les monstres de faiblesses aussi logiques qu’astucieuses, que les héros découvrent au fur et à mesure. L’action est exhaltante. Le spectacle de milliers de zombies entassés sur une baie vitrée est saisissant.

Oui, le fait que le patron de la compagnie de train soit à bord est d’une coincidence déconcertante; oui, il s’agit moins d’un personnage que d’une caricature de patron couard et sociopathe, qui ferait rougir Bakhounine. Mais ça marche. Comme dans l’univers de la lutte, la peinture grossière a quelque chose de presque archétypal. Et après tout, un homme d’affaires sociopathe dont chaque parole est une caricature, ce n’est peut-être pas si farfelu que ça.

Train to Busan, alors? Un film mineur, certes. Mais habile dans ses maladresses, et créatif dans ses clichés. Amusant, par dessus tout. Comme à un spectacle de marionnettes, on peut voir les ficelles, mais seul le sot s’y attarde; ce qui compte ce sont les figurines de bois qui, sorties un instant de la boîte où elles retourneront bientôt, s’apprêtent à nous conter leur histoire chamarrée.

– Christian Maltais –